Transhumance

Parce que c’est un thème qui me tient à cœur, et que je ne vois pas les raisons de m’en cacher, je parlerai assez souvent du transhumanisme, du moins de ma vision du transhumanisme. J’aborderai fréquemment certaines questions concernant ce qu’on pourrait qualifier de « futurologie optimiste », voire de « mode de vie technophile ».

Qu’est-ce que le transhumanisme ? J’ai appris, pas à l’école, mais dans la vie — la vie est souvent meilleure conseillère que l’éducation qu’on voudrait nous donner —, que la majorité des problèmes venaient d’une mauvaise définition. Quand les gens ne s’accordent pas sur la définition d’un mot, c’est là que se crée la discorde, le désaccord, et bien souvent, se termine en confrontation. On ne se bat pas tant pour une idéologie que pour la définition d’un mot. C’est pourquoi j’essaie tant que faire se peut de définir ce que je défends : je ne dis pas qu’ainsi j’arriverai à me faire comprendre, mais une fois bien explicitée, la chose à défendre n’en est que plus limpide. Qu’est-ce qui fâche avec le transhumanisme ? Comme trop souvent, les caricatures qu’on en fait, les préjugés, et autres réactions « gamines », en fait, pour résumer en un mot : la distriction causée par la différenciation de pensée.

Donc, qu’est-ce que le transhumanisme ? Pour moi, et cela entre dans une méta-structure globale de ma vision de la vie, de l’Univers, et tout le reste, qui est, pour faire simple, l’optimisation des libertés individuelles. Dit comme ça, j’avoue que cela n’est guère très glamour … Comme dirait Boris Vian « on n’est pas là pour se faire emmerder » et j’y compte bien ! Et donc, le transhumanisme c’est — on y vient — un corpus d’idées qui vise à débarasser l’Homme des maux qui le gouverne, car rappelons-le, ce sont eux qui nous gouvernent ! C’est mettre fin à l’handicap, c’est guérir des maladies, combattre la souffrance, … De la médecine quoi les gars ! Et que pensez-vous de la mort dans tout ça ? Eh bien ma considération personnelle est que la mort est une maladie, et dans un jugement très rationnel, on peut même admettre que c’est la maladie qui fait le plus de ravage en ce bas-monde !

La seule personne que j’ai réussi à convaincre de mes propos, hormis mon grand ami de toujours — mais ne parlons pas de lui —, c’est ma femme. Et je vais vous proposer la même situation que je lui avais proposé et qui lui avait fait changer d’avis. Avant elle pensait comme la majorité des gens, elle pensait dans la tradition des choses, et surtout avec peu d’exaltation. J’ai souvent remarqué ça chez nous, les humains, on a perdu ce sens de l’exaltation, cet enthousiasme de la vie. On ne se permet plus de rêver, ni d’admettre qu’un Ailleurs est possible. Bien sûr qu’un Ailleurs est possible : il suffit de l’imaginer, et souvent rien que le fait d’imaginer concrétise nos pensées, c’est comme, sublimer l’esprit, c’est comme, l’action de créer tout simplement, une œuvre, dans un élan artistique. Ça prendra du temps, pour la simple et bonne raison que les manifestations artistiques sont dépendantes du support utilisé. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas faire avec les moyens du bord. Qu’aurais été Star Wars si Georges Lucas avait attendu aujourd’hui pour accomplir sa licence phare ? Non pas cette daube en 3D qu’on nous sert en ce moment, ni la deuxième trilogie qu’il a eu l’infime honneur de nous concocter, je l’espère, mais cela aurait été différent, en raison de la puissance colossale des moyens techniques d’aujourd’hui. Mais que cela n’empêche pas un auteur de composer avec les technologies de son temps.

Revenons-en à ma petite femme. Au départ elle était pas chaude…, mais pas chaude du tout — faut prendre dans le contexte. Elle m’avait lâché la phrase suivante « plutôt mourir que de vivre éternellement », et c’est là que j’ai réalisé que l’erreur venait de moi, je donnais une connotation au mot « immortalité », une connotation que ne donnaient pas les gens ! Pour moi immortalité ne voulait pas dire « vivre éternellement », pour moi cela signifiait « choisir ». Être libre c’est faire ses propres choix. Qui a envie de mourrir ? Sincèrement ? Qui a envie de se voir honnorer de ruhmatismes, de cancers !? C’est là que j’ai expliqué à ma bien aimée que la notion de vie, et de mort, était extrêmement relative, et ce qui l’était encore plus, c’est la longévité ! Les tortues vivent 150 ans après tout, elles s’en plaignent ? Parfois je suis un brin provocateur, c’est ainsi que je lâcha un jour autour d’un verre avec des « collègues » la phrase suivante, plutôt choquante : « okay les gars, que faites-vous là ? Vous savez par le passé nous ne vivions qu’une soixantaine d’années, à d’autres époques nous ne vivions qu’une quarantaine d’années, et encore à d’autres seulement vingt, donc expliquez-moi ce que vous foutez là ? Ça vous dérange absolument pas que nos conditions de vie se soient améliorées, que la médecine et l’hygiène de vie aient fait des progrès ? Ça vous dérange ? », et en m’adressant à une personne de mon entourage je lui ai lâché cette phrase malencontreuse que je regrette « qu’attends-tu pour noyer ta fille ? Elle a passé l’âge de vivre, non ? ». Maintenant j’ai un discours plus modéré, plus lisse. Comme je l’avais expliqué à ma promise, pour moi l’immortalité n’est pas une vie éternelle, mais une vie aussi longue que voulue. Si la médecine faisait un bond en avant dans la recherche cellulaire et que nous pouvions vivre 400 ans, qui s’en plaindrait ? 400 ans cela vous parait si long, mais vous verriez, que ce n’est qu’une question relative. Est-ce que vivre quarante ans paraissait si court pour nos ancêtres ? Est-ce que vivre cent ans n’aurait-il pas paru si long pour nos ancêtres ? Peut-être que nos petits enfants, qui vivront deux siècles, trouveront ça ridicule d’avoir une cinquantaine d’années ? Peut-être que oui, peut-être que non, je n’en ai aucune idée 🙂

La transcendance est l’accomplissement de nos civilisations. La transhumance est le mouvement des troupeaux de moutons qui, au début de l’été, sont amenés dans les alpages par les bergers pour profiter des herbes grasses et riches… Je veux profiter de la vie, et je crois que c’est un idéal que nous visons tous. Je me sais mourant, je ne suis pas en mauvaise santé, loin de là, mais je me sais mourant, car ce n’est pas notre génération qui pourra prétendre avoir vaincu la mort. Mais est-ce que pour cela je ne dois pas œuvrer à un monde meilleur ? Un monde pour lequel je suis prêt à me battre ? Un monde sur lequel vivrons mes enfants ? Je suis transhumaniste, non par conviction, non par soutenance idéologique, mais parce que je suis un futur parent et que je souhaite un avenir meilleur pour mes enfants !

Citation de Julian Huxley : « le transhumain est un homme qui reste un homme, mais se transcende lui même en déployant de nouveaux possibles de et pour sa nature humaine ».

_

Je remercie Damien Casoni du site raccourci-minimaliste qui m’a rappelé que le verbe le plus important de la langue française, c’est le verbe oser.

Publicités
  • Publié dans: 3615

Les commentaires sont fermés.

%d blogueurs aiment cette page :